FABCOM

Partant de ce principe d’implication du citoyen, nous nous intéresserons à la notion d’agir en commun ou d’« en commun », une communication en train de se construire basée sur un savoir intuitif permettant la construction d’un espace commun de communication et non plus une communication qui relève d’une logique objectiviste et productiviste. Ce sont aussi les processus de sociabilité et d’accomplissement qui entrent en jeu. Sociabilité parce qu’au-delà du contrat passé entre les hommes en vue d’une utilité commune, c’est le partage des valeurs qui renvoie à un « nous préalable » au commun qui est visé. Un « nous » au sein duquel Gurvitch (1950) distinguait trois degrés d’intensité de la sociabilité (masse, communauté, communion) dont nous retenons les deux derniers niveaux, soit la communauté et la communion pour leur capacité à fusionner les consciences, à inviter à la « réciprocité des perspectives ». 

Accomplissement de soi, si l’on part du postulat que l’individu apprend en construisant « une communauté de pratiques, d’usages et d’échanges » dont il est l’initiateur, le porteur ou le testeur. Accomplissement également des usagers désireux de recomposer leur quotidien par la réappropriation.  Au vu du contexte de mutation soulevé, trois ensembles de questions ont été formulés, auxquels la recherche vise à répondre.

Nouveaux modèles émergents

Qu’en est-il quand l’effritement des valeurs se fait jour, quand le déclin des institutions (Dubet, 2002) scelle la controverse sur la crise des institutions apparue dès les années 70 ? Qu’en est-il quand partout les mobilisations citoyennes (Nuit Debout en France, après Podemos, Siriza, Occupy Wall Street…) prennent de l’ampleur, quand de nouveaux modèles de vie collective émergent silencieusement ? Qu’en est-il quand on est arrivé au bout d’un cycle économique, quand la situation est nouvelle, inédite et que de nouvelles règles bousculent l’ancien monde (Rifkin, 2014) ? Devons-nous nous arcbouter sur ces mêmes normes ou saisir l’occasion des innovations sociales offertes en période de transition pour repenser nos modes de vivre, nos modes de faire, nos manières d’être au monde ?

Rapport monde politique-société civile

Dans ce contexte de société assaillie par le ressentiment contre l’ordre établi, d’appel à la résistance (Hessel, 2010), de volonté d’agir par le biais de voies alternatives, quel rôle la communication dite sociale peut-elle jouer ? Comment peut-elle contribuer à réduire la distance entre société civile et élus politiques ? Comment peut-elle répondre à la volonté de citoyens pionniers de nouveaux modes de vie (Ray et Anderson, 2001) ? Comment imaginer l’inclusion des « créatifs culturels français » (Association biodiversité culturelle, 2007) porteurs de solutions innovantes et de nouveaux centres d’intérêt (solidarité, écologie, empathie)? Comment s’appuyer sur les initiatives des « défricheurs » (Dupin, 2014), des acteurs du changement (résidents d’éco-villages, agents de l’économie solidaire, militants de l’habitat…) ?

Apport des Sciences de l’Information et de la Communication

Les processus de sociabilité et d’accomplissement sont-ils applicables aux pratiques éditoriales de la presse institutionnelle classique ? Les modèles éditoriaux alternatifs peuvent-ils nous fournir des exemples d’élargissement de la parole publique, d’affranchissement par rapport aux formats médiatiques traditionnels, de production de représentations inédites ? Les innovations sociales émergentes peuvent-elles nourrir une réflexion critique sur le concept de communication sociale et contribuer à en modifier les paradigmes ? Les pratiques anciennes issues de contextes socio-culturels latino-américains, traditionnellement orientés vers la dimension communautaire se révèlent en connexion avec nos questionnements actuels concernant le commun communicationnel. Peuvent-elles être des sources d’inspiration pour les nouveaux modèles en voie de constitution ?

Quatre axes définissent ce processus éditorial alternatif

créatif

La construction d’un espace créatif pour un nouveau canal de communication capable de produire du commun (supports innovants, dimension plastique, artistique, audiovisuelle, « le nous sensible »)

démocratique

La construction d’un espace démocratique incarné (renouveler les formes d’expression, rendre le lisible visible accompagner le renouvellement de la population, améliorer l’intégration de nouvelles populations, « le nous dans le Nous »)

discursif

La construction d’un espace discursif et d’énonciation éditoriale multi-langages (texte écrit, texte image, texte audiovisuel ou filmique, « le nous éditorial », s’ouvrir à d’autres modes de pratiques, d’usages et d’expériences)

physique & social

La construction d’un espace physique et social de communication (tiers-lieu éditorial : déplacement de l’attention vers l’usager (savoir citoyen), co-construction du support, renouvellement des circuits de diffusion traditionnels, dimension corporelle de la vie sociale, «le nous communautaire»)

Les étapes de la recherche

Année 01​

PRATIQUES ÉDITORIALES FORMALISÉES EN NOUVELLE AQUITAINE​

La première phase de l’étude sera consacrée à l’observation des pratiques éditoriales formalisées en Nouvelle Aquitaine. Il s’agira d’observer comment circule et s’exprime la notion de commun à l’intérieur des textes et dans le rapport texte-image des journaux municipaux des 12 communes chefs-lieux de la région Nouvelle Aquitaine. La matérialité du support et de l’écriture, l’organisation du texte et sa mise en forme seront également à l’étude.

Année 02

PRATIQUES ÉDITORIALES CITOYENNES

La deuxième phase sera dédiée à l’exploration des pratiques éditoriales citoyennes. Faire évoluer les comportements compte parmi les missions phares de la communication publique. Il s’agira donc de repérer de nouvelles pratiques et d’observer l’expression d’un commun au sein des formes de médiations et d’expressions innovantes pour aider au remodelage de l’activité éditoriale de la presse territoriale.

Année 03

PRATIQUES ÉDITORIALES POPULAIRES EN AMÉRIQUE LATINE

La troisième et dernière phase consistera à travailler dans trois pays en Amérique latine sur des cas de pratiques éditoriales innovantes. Des exemples de création de médias populaires en tant qu’alternative aux médias traditionnels pourront enrichir la recherche du programme FABCOM. Ce pas de côté nous semble nécessaire afin d’élargir le paradigme sur des contextes culturels certes différents mais qui n’en proposent pas moins des modèles aptes à approfondir notre analyse. C’est une des originalités de ce projet.

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